SA MAISON IMAGINAIRE,
Il y a des modes pour les titres des livres comme il y en a pour les prénoms. En ce moment c’est la mode des maisons. L’automne dernier fut celui de La Maison vide de Laurent Mauvignier couronné par le Goncourt. Ce printemps est la saison de La Maison imaginaire, qui n’a aucune chance d’obtenir le Goncourt puisque son auteur, Jean Rouaud, l’a décroché il y a plus de trente ans avec son premier roman. Sans compter que La Maison imaginaire n’est pas un roman. Ce serait plutôt un essai métissé d’une collection de récits inspirés de la Bible, de pensées personnelles et d’autobiographie. Bref, c’est un machin littéraire, un de ces ovni hybrides que produit la littérature contemporaine quand elle se hisse à son meilleur niveau. Le premier chapitre est une leçon à ceux qui croient que les premières pages d’un livre doivent, comme on dit, accrocher le lecteur, qui est d’ailleurs plus souvent une lectrice. Au contraire, Jean Rouaud nous invite, en nous ouvrant les portes de sa maison imaginaire, à nous égarer. Rien que dans les dix premières pages nous croisons une foule de personnages qui sont manifestement là à demeure : Samuel Beckett, Billie Holiday, un maître bouddhiste chinois, André Breton, Confucius en compagnie de Lao Tseu, Romulus et Remus, Moïse, Jesus, mais aussi un arbre mi-pommier mi-figuier, la tour Eiffel, Eve. Dès lors nous savons à quelle genre de fête nous sommes invités.
Par Isabelle Miller – photos Rita Scaglia